RAUCHAN ASANOVNA BOURKITBAEVA-NOUKENOVA PDF Imprimer Envoyer

Rauchan Asanovna Bourkitbaeva-Noukenova est née dans la ville de Taraz au Kazakhstan dans une famille d’enseignants. En 1980, elle est diplômée avec mention honorable de la Faculté d’hygiène et de santé publique de l'Institut d'État de médecine de Karaganda. Une fois ce diplôme obtenu, elle travaille comme inspecteur sanitaire, bactériologue et épidémiologue au Service sanitaire épidémiologique de la ville d'Almaty et de sa région.

Parallèlement à son activité professionnelle, elle se consacrée à la littérature. Elle est l'auteur de plus de 10 ouvrages publiés au Kazakhstan et en Russie : «J'envie le soleil» (1996), «Arabesques de l'Amour» (1996), «L’Amour nomade» (1998), «Les Miroirs de la nuit» (Almaty, 2001), «Le Mystère de la nuit» (Moscou, 2002), «Le Quai des rêves» (Moscou, 2006), «Le Quai de tous les espoirs» (Moscou, 2006), «La Face de la Lune en fuite» (Moscou, 2008) et de divers autres textes en poésie et en prose. Elle commence à publier ses écrits dès 1973 dans le journal régional «l'Étendard du travail» de la ville de Djamboul, dans le journal du district de la ville de Kaskelen, dans le journal d'étudiants «Le personnel médical», dans «Affaires et Finances»,  «Astana soir», «Le Temps», «NP», ainsi que dans les revues «La Femme d'affaires», «Femmes de l'Est et de l’Ouest», dans l'Almanach «Almaty littéraire», dans «Amanat», «Oner», «La Jeunesse» (Moscou 2002-2009) et dans les recueils poétiques «Perles de la Poésie du Kazakhstan», «Stalingrad en flammes» (2013), «Pages de la vie de L.J.Gircha» (2014), etc.

 

Elle a joué dans le film «L'Avenue des Poètes», a participé au magazine télévisé «Culture» et s’est produite sur les chaînes Khabar, Caspionet et Rakhat.

 

Cinq de ses oeuvres figurent dans les manuels scolaires. Elle a écrit le texte des hymnes de la Police financière et des Douanes. Les compositeurs E.Chakéev, E.Khasangaliev, B.Oralbekov, entre autres, ont mis en musique 30 de ses poèmes. La Maison d'éditions de Moscou Ripol Classique, dans sa collection «l'Autel de la Poésie», a publié en 2008 son recueil «La Face de la Lune en fuite».

 

Elle est lauréate du Prix international de poésie «Abaï».

 

Raouchan est Artiste émérite de la République du Kazakhstan (2011), membre des Écrivains du Kazakhstan (2008), du PEN Club international (2007) et de Poetas del Mundo (2014). Elle vit et travaille à Almaty.

Poèmes :

RAOUCHAN – POÈMES

Traduits en français par Athanase Vantchev de Thracy

***

***

 

Automne ! Pluie ! Chagrin et tristesse,

Je connais ce chant privé de liesse.

 

Personne ne peut interdire cet amour,

Extase des couleurs. L’été indien de retour.

 

Les étoiles se libèrent de la froidure de la neige,

Les hommes rêvent toujours de caresses sans piège.

 

Les nuages vont couvrir les cimes attristées

Querelles et disputes se tairont, apaisées.

 

Automne ! Pluie ! Chagrin et départ,

Le cœur ne veut accepter cette fin noire.

 

Les étoiles se meurent dans les bras de l’aurore,

Dans l’air rayonnant naît la mélodie d’or.

LA SAISON DE L’AMOUR

 

Ah, comme l’âme du cerisier étale sa beauté

Et taquine les passants de ses fleurs empourprées.

 

Elle s’est remplie de sucs enivrants

Jouissant de l’été, du soleil et du temps.

 

L’éventail du feuillage fait d’émeraude pure

N’a pu refroidir le feu des passions dures.

 

Les lèvres sèches la supplient en vain

De consentir un pouvoir sans bornes ni fin.

 

Se dénudent et bruissent les branches surprises,

Dans les allées rôdent et meurent les ombres grises…

 

Comme une symphonie tissée d’oubli cruel,

Tremblent les feuilles tendres des lilas fidèles.

***

Mon âme a erré dans les ténèbres

Cherchant une voie lumineuse et sereine.

 

Je rêvais d’une rencontre avec la Muse

Afin de me rendre moi-même à moi-même.

 

Pour que mon âme se mette à chanter,

Elle frôle de son aile l’éther incanté.

 

S’évapore la fatigue, s’apaise le chagrin,

Et soudain j’aperçois l’horizon lointain.

 

Là-bas, je vois fuir le chemin lumineux

Et grandir l’angoisse de l’abandon.

***

La moitié d’un siècle est déjà derrière mes épaules,

Parfois, la nuit, l’air est empli d’angoisse et de tristesse.

 

Sont grands déjà les enfants, la maison est pleine

comme un verre qui déborde !

J’aimerais plus souvent voir mes amis !

La vie nous a dispersés partout dans le monde

Et nos rencontres, hélas, se font souvent en des occasions

peu heureuses…

Fondent nos groupes, fuient les années –

Un sourire s’éteint, c’était l’étoile de quelqu’un.

Le cadran de la lune pâlit dans le ciel

Et je suis si heureuse de rencontrer un ami par hasard !

Sans bruit glisse le sable et grandissent les dunes

Et les reflets des nuits ornent de blancheur la tempe.

 

***

 

 

À Baïzak et Kanat

Le froid de décembre devient de plus en plus rude.

Depuis le matin les skieurs foule la montagne,

Sur la rivière prise par la glace on organise un cross.

On prépare un déjeuner de fête

Et pendant la nuit, le monde a vieilli d’une année.

 

 

À L’ARRÊT DU BUS

Des montagnes de pastèques et de melons

À l’arrêt du bus !

Non, ce n’est pas en vain

Que les travailleurs de la terre

On dépensé tant de forces.

Il nous est difficile,

Oui, très difficile

De passer indifférents devant

Ces merveilles,

Tourmentés par la soif fiévreuse

Que nous inflige

La brûlante chaleur du midi.

Des jeunes filles, des filles magnifiques

Presque nues dans leurs robes ludiques ;

Et les hommes, ah les yeux des hommes

Qui dévorent la chair étincelante

Des jeunes corps.

 

***

 

 

À Gulnar M.

 

La saison du printemps est venue

Comme une matrone au pouvoir illimité.

Ne la contredites pas,

Non, ne la contredites pas.

Des envolées

De jeunes filles

Babillent à chaque carrefour.

Et la ville se rend vaincue

Par leur charme scintillant,

Les fenêtres ont recouvré leur vue

Après la pluie qui les a lavées.

Formant un couple

Sous le parapluie rouge,

Nous avançons

Étroitement enlacés.

Les grosses voitures

Nous cèdent le passage,

Le boulevard plein de fleurs

Rend ivres tous les passants.

Tels des rêves

S’éteignent les râles de l’hiver,

Mars fâché, balaie

Les amoncellements de neige.

 

 

***

 

 

Je vais filtrer goutte à goutte

La tristesse de la séparation.

J’erre dans la ville,

Ombre privée de visage.

Le vent essaie de faire peur

À tout le monde

Et repousser mon âme

Dans une encoignure.

Ce vent qui frappe les faces des passants

À chaque coin de rue.

 

Moi, je reste obstinément

Collée à ma table de travail.

J’ajouterai à mon encre

Le chagrin de mes vers

Et tiendrai fermement

Le délai qui m’est fixé.

 

***

 

À Munira Maevna

Que les coupoles sont rayonnantes !

Comme elles se confondent avec le turquoise du ciel,

Nagent et se reflètent dans les lacs -

Des villages lointains, on admire leur splendeur.

J’élève des prières vers l’infini

Sans pouvoir me décider à t’oublier.

Tu brilles comme un minaret,

Peut-il nous être cher un monde sans amour ?…

Je déverserai sur moi des flots d’eau froide,

Je cacherai mon chagrin au fond des lacs

Et resterai débordante d’amour, oui, je resterai fidèle,

Plaintive comme une corde sonore brisée.

 

***

 

Comme les rivières étaient transparentes !

Dans leur fond irradiaient mille arcs-en-ciel.

Nos frères aînés, grands, beaux et sveltes,

Jouaient aux dominos avec nous.

Nous mangions de délicieux brochets

Et attrapions des papillons dans nos filets,

Les garçons couraient sur les sentiers humides

Embrassant en cachette les jeunes filles.

Nous écrivions nos premières lettres émues,

Les cordes de la guitare se rompaient d’émotion,

Du haut du ciel, la lune austère

Contemplait les tourments de l’univers.

 

Hélas, les rivières de l’enfance ont perdu leur clarté,

Oh, ville, pourquoi es-tu si indifférente et cruelle !

Des tempêtes de neige

Ont blanchi mes tempes.

 

Et voici qu’on coupe les arbres

Le long des chemins

Et un brouillard étouffant

Étreint la cité dans ses bras.

 

***

 

Je t’ai attendu si longtemps

Et je n’ai cessé de chanter.

Tel un beau rêve, je t’appelais la nuit

Et ne voulais pas dormir.

Sœurs attentives,

Les étoiles me faisaient présent

De leur vive clarté.

L’éclat de tes yeux

Illuminait ma maison.

Chaque jour je vis avec toi

Et je crois au miracle.

Tant que tu seras près de moi, mon aimé,

Je saurai vivre, je saurai chanter.

 

 

***

À mon frère Moukhtar

Derrière les vitres

Pleure la pluie.

Les arbres frissonnent de froid dans la pénombre.

S’éteignent les bougies

Et toi

Tu n’attends pas ton amour.

Détrempées sont les routes,

Les étoiles s’éteignent comme

S’éteignent les lumières de la ville

Étreinte par le désert.

Qu’elles sont ternes

Les journées du nord,

On dirait la chanson d’une esclave.

Ô tempête de neige,

Est-ce toi qui te lamentes près du pont,

Te rappelant nos rendez-vous pleins de bonheur ?

Hélas ! Tout passe, sans traces disparaît tout,

Seules pleurent les bougies mourantes.

Mise à jour le Lundi, 26 Décembre 2016 09:53